Le baromètre 2024 du courtier en assurance WTW met en lumière une nouvelle hausse du taux d’absentéisme dans les entreprises privées françaises. Avec un taux porté à 5,1 %, légèrement supérieur à celui de 2023, l’absentéisme représente désormais un coût annuel estimé à 120 milliards d’euros.
Une évolution durable depuis la crise sanitaire
Si la fréquence des arrêts ne progresse que faiblement, leur durée moyenne constitue le véritable facteur d’aggravation. Elle s’établit à 24 jours en 2024, contre moins de 21 avant la pandémie de Covid-19. La crise sanitaire a ainsi laissé une empreinte durable sur les comportements, selon les auteurs du rapport : « La pandémie a transformé durablement les comportements en matière d’absentéisme, avec une tendance qui se maintient malgré la fin de la crise ».
Les risques psychosociaux, première cause
La part des arrêts pour raisons psychologiques poursuit sa progression, représentant 36 % du total. Stress, burn-out et troubles liés aux risques psychosociaux sont devenus les premiers moteurs de l’absentéisme, entraînant des arrêts plus longs que pour des causes physiques.
Par ailleurs, l’étude note une hausse des accidents du travail chez les seniors, notamment chez les salariés de plus de 60 ans. Ce phénomène interroge sur l’organisation des tâches et l’adaptation des postes dans un contexte de vieillissement de la population active.
Un poids croissant pour les finances publiques
En parallèle, les dépenses de la Sécurité sociale liées aux arrêts maladie se sont envolées. En 2023, 9,8 milliards d’euros ont été versés au titre des indemnités journalières (dont 9,3 milliards pour les arrêts de plus de huit jours), auxquels s’ajoutent 1,4 milliard d’euros pour des arrêts dérogatoires. Depuis 2019, les montants versés ont progressé de 28 %, alimentés à la fois par la hausse des arrêts et par les dynamiques démographiques.
Des réponses centrées sur le contrôle plutôt que sur la prévention
Face à cette dérive budgétaire, l’État a engagé un resserrement des contrôles, avec une lutte contre les arrêts abusifs et un allongement des jours de carence. Toutefois, ces mesures restent davantage orientées vers la réduction des effets que vers le traitement des causes structurelles de l’absentéisme.
Pour WTW, l’absence de réformes profondes sur les conditions de travail accentue le phénomène. Amélioration de la qualité de vie au travail, prévention des risques psychosociaux et adaptation des postes pour les seniors apparaissent comme des leviers encore insuffisamment mobilisés.
Un enjeu économique et social majeur
Au-delà du poids financier, l’absentéisme pèse sur la productivité des entreprises, complexifie la gestion des ressources humaines et fragilise l’organisation du travail. Dans un contexte de recherche d’économies publiques et de compétitivité, la question de la santé au travail s’impose comme un enjeu stratégique pour l’économie française.
