La Banque centrale européenne a annoncé une nouvelle baisse de ses taux directeurs, effective à partir du 11 juin 2025. Le taux de dépôt sera ramené à 2 %, le taux de refinancement à 2,25 % et le taux de prêt marginal à 2,4 %. C’est la huitième baisse en un an, dans un contexte marqué par une désinflation progressive en zone euro. Pourtant, la conférence de presse de Christine Lagarde a créé la surprise : le ton de la présidente a été bien plus ferme qu’attendu. Elle a clairement laissé entendre que cet assouplissement pourrait être l’un des derniers.
Selon ses propos, la BCE arrive à la fin d’un cycle de politique monétaire qui avait été mis en place pour faire face à une succession de chocs majeurs : la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, puis la crise énergétique. Aujourd’hui, même si la présidente refuse de crier victoire, l’inflation semble sous contrôle. En mai, elle est tombée à 1,9 % sur un an, soit juste en dessous de l’objectif de 2 % fixé par la BCE. Les projections indiquent une inflation stable : 2 % en 2025, 1,6 % en 2026 (grâce à un effet de base sur les prix de l’énergie), puis 2 % en 2027.
D’autres facteurs plaident en faveur de cette stabilité : la hausse des salaires est plus modérée (2,4 % au premier trimestre 2025 contre 4,1 % fin 2024), la guerre commerciale initiée par les États-Unis pèse sur la croissance mondiale, affaiblit le dollar – ce qui allège le coût des importations européennes – et pourrait ouvrir la porte à une arrivée massive de produits chinois à bas prix. Autant de facteurs qui limitent les pressions inflationnistes.
Malgré cette amélioration, la BCE ne veut pas agir de manière précipitée. La politique monétaire va désormais dépendre de facteurs géopolitiques et commerciaux, notamment du résultat des négociations entre Bruxelles et Washington sur les droits de douane. En cas d’apaisement, la BCE pourrait maintenir le statu quo. À l’inverse, si l’inflation continue de ralentir ou si des risques de déflation apparaissent, une nouvelle baisse des taux pourrait être envisagée dès septembre.
Cette position plus prudente a refroidi les marchés. Alors qu’un nouvel assouplissement était attendu dès juillet, les taux obligataires allemands à 2 ans ont brusquement grimpé après les déclarations de Christine Lagarde. Sur les marchés monétaires, les anticipations d’une nouvelle baisse cette année ont reculé.
En résumé, si la baisse annoncée des taux est bien une bonne nouvelle pour les emprunteurs et un signal positif pour la croissance, elle ne marque pas forcément le début d’une série. La BCE reste vigilante, attentive à l’évolution de l’économie mondiale, et déterminée à ajuster sa politique au fil des événements.
