LA RÉFORME DES RETRAITES : ENFIN LANCÉE?

« On doit la faire de manière transparente et la plus apaisée possible ».

Voici la phrase de ce Jeudi, d’Emmanuel Macron en ce qui concerne l’éventuelle réforme des retraites.

En pleine crise économique, avec une inflation galopante, le gouvernement veut agir rapidement sur la réforme des retraites quitte à passer par un amendement, ce qui fait grincer des dents une pluralité d’adversaires politiques.

Dans un avis publié la veille, le comité de suivi des retraites (CSR) juge que le risque de déficit est élevé à l’avenir.

Représentant un coût substantiel pour les finances publiques, cette réforme paraît- elle indispensable surtout en cette période actuelle ?

N’est-ce pas les prémices d’un nouveau conflit social ?

NOUS L’ANALYSONS DANS

Après la seconde guerre mondiale, nous sommes passés à un régime de retraite par répartition.

Ce système repose sur une solidarité entre les générations. Les actifs financent le revenu de base de leurs aînés. Ce modèle s’applique par ailleurs en Italie et en Allemagne.

Ce modèle assurantiel qui devrait être en règle général à l’équilibre, n’est pas le cas chez nous.

Notre dépense publique se situe 4 points de PIB supérieur à ceux de nos voisins européens.

La cades (caisse d’amortissement de la dette sociale) qui a été créé en 1996 pour amortir la dette de la retraite devait ne plus voir le jour en 2006, mais elle a été repoussée au minimum jusqu’en 2033.

En 1950, notre système comptait 5 actifs pour un retraité, et aujourd’hui il ne compte que 1.4 actifs pour un retraité. Cela se traduit par une diminution de la population active.

Il y a quelques jours, le COR (conseil d’orientation des retraites) a publié son rapport annuel sur les retraites.

Bien qu’il soit excédentaire de 900 millions d’euros en 2021 grâce notamment à un nombre conséquent de création d’emploi, le rapport annonce des prévisions peu réjouissantes.

Tout d’abord, la population active va structurellement diminuer.

Le pic de la population active va être atteint en 2040 avec 30 millions d’actifs, et 20 000 actifs supplémentaires à l’année jusqu’en 2040.

A partir de 2040, le rapport constate qu’il y aura une perte de 50 000 actifs par an, et de 35 000 actifs à l’année entre 2050 à 2070.

Ajouté à cela, une espérance de vie qui stagnera, et un taux de fécondité et des perspectives d’immigration en diminution.

En 2070, on comptera 7 millions de retraités supplémentaires contre 100 000 actifs.

La difficulté est donc en partie démographique.

D’autre part, le niveau de vie des retraités par rapport au salaire moyen de la population active va diminuer de 25 points dans les années à venir. Par ailleurs, le taux de remplacement (le pourcentage que représente la retraite par rapport au dernier revenu perçu) va aussi diminuer de 25 points.

Les difficultés de ce régime de retraite sont donc démographique, économique et financière.

Le président souhaite à l’automne accélérer cette réforme si électrique.

C’est une réforme qui peut amener un nouveau conflit social.

Le choix du président d’y aller ne fait plus aucun doute.

Premièrement, il a été élu deux fois démocratiquement avec cette réforme dans ses différents programmes.

Deuxièmement, avec les différentes sources de prévisions sur 2023, et la possible récession qui pourrait arriver, avec un bouclier tarifaire qui ne pourra pas durer éternellement, cette réforme doit être mise en place immédiatement, sinon à défaut de ne pouvoir jamais la mettre en œuvre.

Si il arrive à ses fins, il va procéder par deux manières : soit en accélérant la réforme Touraine (allongement de la durée de cotisation), soit en augmentant la borne d’âge.

Ces deux solutions sont paramétriques, mais permettraient de faire des économies essentielles dans le poids de notre dépense publique.

Cette réforme est une obligation par ailleurs, car nous sommes un des pays qui travaillons le moins (par heure travaillée) parmi les pays de l’OCDE.

En effet, d’après une étude de l’OCDE, nous travaillons 630 heures par an et par habitant en France contre 722 heures par an et par habitant en Allemagne.

De plus, notre taux d’emploi est situé à 67 % (soit 8 points de moins que nos voisins allemands).

Donc, excepté que cette réforme nous apporterait des économies budgétaires indispensables, elle nous permettrait à tous également d’accroitre notre quantité de travail, afin d’améliorer notre croissance potentielle qui est très faible.

Toutefois, cette réforme ne sera pas suffisante, car pour travailler plus et améliorer de façon significative les recettes de notre système, il y a un devoir de ramener à la vie active un nombre conséquent de personnes découragées à trouver en emploi qui sont éloignées depuis une longue période (le Halo du chômage).

Mais allons y car si cette réforme verrait le jour, elle commencera à modifier le paysage économique et social français !

Conclusion

Bien qu’étant dans une situation économique difficile, il est nécessaire d’agir dès à présent sur cette réforme qui ne sera plus possible de l’imposer dans les mois à venir.

Avec les prévisions du Cor, qui se traduit par une diminution des actifs par rapport aux retraités, un appauvrissement de ces derniers à l’avenir, cela doit nous mettre en état d’alerte.

Ces dépenses dans ce système de retraite nous pénalise de 4 points supplémentaires de PIB dans notre dépense publique par rapport à nos voisins européens.

Cette réforme avec le décalage de la borne d’âge, ou l’allongement de la durée de cotisation, nous permettrait de réaliser des économies budgétaires en bousculant certains paramètres de notre système.

Par ailleurs, une quantité de travail plus importante est indispensable dans le but de revenir à hauteur des autres nations, et cela passera ainsi par une modification de ce régime de retraite. Toutefois, il faudra améliorer l’employabilité des seniors par de la formation professionnelle.                                                                                            

Enfin, ceux qui préconisent de ne pas mettre en œuvre cette réforme, ce sont les mêmes qui souhaitaient une augmentation des pensions des retraités sur l’inflation, mais ne se soucient guère de la perte de revenu des futurs retraités en souhaitant rester inactif sur cette réforme.

Comme le disait Maurice Thorez en 1944 : « Il faut produire d’abord, revendiquer ensuite » …

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