En plein débat sur la vaccination et le pass sanitaire, la santé et l’économie n’ont jamais été aussi confrontées.
La prévision de croissance française pour 2021 a été porté à 6 % par le gouvernement, et le taux de contamination du virus a atteint une hausse de 150% en une semaine.
En occultant bien évidemment les débats au sujet de l’acceptation vaccinale, nous allons expliquer les liens entre la santé et la richesse.
Quels sont ces liens entre la santé et la croissance ?
Une bonne santé globale nationale favorise-elle la richesse ?
NOUS L’ANALYSONS DANS

Les crises économiques conduisent à une réduction des recettes pour le système de santé.
En France, le financement de ce système dépend des prélèvements obligatoires (cotisations sociales, CSG).
Cependant, différents États comme les Pays-Bas, la Suisse, ou les États-Unis ont un système de financement différent qui se traduit par un système d’assurance maladie obligatoire pour chaque résident, mais en ont confié la gestion aux assureurs privés mis en concurrence.
Les dépenses de santés fluctuent entre les différents États. Elles représentent 8.8 % du PIB des pays membres de l’OCDE.
Elles s’élèvent à 11.2% en France, 11.7% en Allemagne, et 17% aux États-Unis.
Ces dépenses de santé coïncident-elles avec une croissance élevée ?
Plusieurs études ont été publiées sur la relation santé/croissance, et nous allons les présenter.
Les premiers travaux établis par différents économistes dont Preston (en 1975), et Ulmann (en 1999), présument qu’il existe une relation croissante entre une abondance des revenus et la santé.
L’accroissement des richesses permet d’obtenir une amélioration du niveau de vie avec une alimentation plus équilibrée et plus saine, une meilleure qualité de logement, une amélioration de l’hygiène de vie. Cet accroissement permet en moyenne de ne plus souffrir de maladies infectieuses.
L’augmentation des revenus concorde avec une plus grande intervention publique dans le but de faciliter l’accès aux soins : construction d’hôpitaux, centre Ephad….
On observe alors une relation positive entre l’augmentation du niveau de vie et l’espérance de vie, et à l’inverse, une relation décroissante entre un PIB par tête insuffisant et une espérance de vie trop faible, comme nous pouvons le voir dans le schéma ci-dessous.

Sources : données Banque mondiale, calculs de l’auteur.
Dans ce tableau, nous observons ce que l’on appelle un gradient social de santé : les personnes en bas de la hiérarchie sociale ont une espérance de vie plus précaires que celles du haut.
Prenons l’exemple du Nigéria, où nous constatons une corrélation négative entre l’espérance de vie et le niveau de PIB par tête.
Toutefois, ce tableau nous aide à analyser la traduction d’un rendement décroissant entre l’accroissement du revenu et l’espérance de vie. Effectivement, plus le revenu augmente, plus l’espérance de vie augmente également mais de façon parcimonieuse. Les disparités d’espérances de vie à l’intérieur des pays, paraissent liées aux écarts de revenu, et non au niveau absolu du revenu lui-même.
Ajouté à cela, dans une étude publiée en 2010 en France, les économistes Philippe Aghion, Peter Howitt et Fabrice Murlin, estiment que l’amélioration de la santé a un effet positif sur la croissance du PIB par habitant. En effet, ils traduisent cette étude par le fait que plus une personne se tient en bonne santé, plus elle améliore sa productivité, ainsi que ses compétences en réagissant face aux mutations technologiques.
Une autre étude empirique à partir des années 2000, de l’économiste américain Christopher Ruhm, démontre au contraire, que la morbidité (le nombre de personnes atteintes de maladies) et la mortalité s’accroissent en période de croissance. A l’inverse, ces dernières se réduisent en période de crise économique ou de récession.
De fait, cela se traduit par diminution du temps de travail, et une augmentation du temps libre permettant à chacun d’adhérer à ses loisirs.
En conclusion, nous retenons que l’économie et la santé sont des domaines qui peuvent être liés.
Les première études que nous avons analysé, démontrent qu’une forte croissance économique accroit l’espérance de vie.
La seconde étude démontre que la mortalité pourrait baisser en période de crise car les salariés ont plus de temps pour s’occuper de leurs loisirs.
Chacun pourra concevoir son opinion sur cette relation si spéciale entre ces deux mondes.
Cependant, si nous prenons l’exemple de l’accroissement du télétravail lors de la pandémie, plusieurs études affirment que ce nouveau mode de travail n’a pas fait tant de bien aux travailleurs (déprime importante du fait de travailler chez soi au quotidien, ce qui est antinomique avec l’étude de l’économiste Christophe Rhum).
Enfin, la question sous-jacente, serait de comparer si une augmentation des dépenses de santé dans un pays, favorise de façon péremptoire une bonne santé de la population locale ?
Notons un élément de réponse avec un exemple flagrant à propos des Etats-Unis, qui ont les dépenses de santé les plus élevées au monde, mais à contrario des habitants en moins bonnes santé comparés à d’autres pays.
Nous pourrons l’analyser lors d’une prochaine chronique.
