« Si j’étais chômeur, je n’attendrais pas tout de l’autre, j’essayerais de me battre d’abord. »
Ces mots, prononcés le 18 février 2015, sur le plateau de BFMTV, sont ceux d’Emmanuel Macron, à l’époque ministre de l’Économie de François Hollande.
Lors de l’allocution de Lundi dernier (12 juillet 2021) du président de la république, ce dernier annonça que la réforme de l’assurance chômage sera pleinement mise en œuvre le 1er Octobre.
Depuis près de 40 ans, le chômage reste important en France. Son taux a atteint 8.1% de la population active au premier trimestre 2021.
Il s’agit de l’un des plus grands déséquilibres de notre économie. Ce chômage massif, mais aussi durable, entrainent une dette de l’Unedic avoisinant bientôt les 70 milliards d’euros.
Quelles sont les mesures prépondérantes de cette nouvelle réforme ?
L’assurance chômage est-elle trop généreuse en France ?
NOUS L’ANALYSONS DANS

L’assurance chômage a pour objectif de distribuer un revenu de remplacement aux personnes involontairement sans emploi. Cette méthode provient du modèle Bismarckien (un modèle d’assurance) où elle est conditionnée au versement de cotisations.
D’après une pluralité d’études à partir des années 1970, l’économiste américain Dale Mortensen estime que des allocations chômage généreuses ne favorisent pas la reprise d’emploi et donc augmentent le taux de chômage.
C’est ce que qualifiait Keynes « la trappe à l’inactivité ».
En 2012, le chercheur français Thomas Le Barbanchon publie une étude qui démontre qu’une hausse de huit mois d’indemnisation du chômage, se traduit par un allongement d’environ deux mois et demi du temps passé au chômage.
Concernant notre marché de l’emploi, nous avons depuis de longues années un taux de chômage beaucoup trop important. Il était situé au premier trimestre 2021 à 8.1%. Ce taux est massif, mais aussi durable : environ 41% des chômeurs l’étaient depuis plus d’un an en 2018.
Cet important taux plonge les comptes de l’Unedic dans la rouge avec une dette qui avoisinera les 70 milliards d’euros en 2023.
C’est pourquoi le gouvernement a opté pour de nouvelles mesures afin d’améliorer l’efficacité de ce système.
Emmanuel Macron a précisé lors de son allocution que la réforme de l’assurance chômage sera totalement applicable le 1er Octobre.
Quels sont ces réformes importantes ?
La principale réforme de l’assurance chômage qui va rentrer en vigueur que le 1er octobre 2021 (en effet, le conseil d’Etat, le 22 juin dernier l’avait suspendu à titre provisoire), est la modification du nouveau mode de calcul du salaire journalier de référence (SJR), dont dépend le montant des allocations chômage.
En effet, aujourd’hui, le mode de calcul est basé sur le salaire journalier de référence. Avec ce type de calcul, une personne étant au chômage et qui travaillait à mi-temps possède pratiquement une allocation identique qu’une personne qui travaillait à plein de temps étant elle aussi sans emploi. Ce mode de calcul est une anomalie qu’il fallait foncièrement modifier.
Ce mode de calcul passera donc en (SMR), c’est-à-dire salaire mensuel de référence.
Par exemple, une personne qui a travaillé 10 journées pour 500 euros, soit 50 euros quotidiens, est indemnisée sur la base des 50 euros multipliés par 30 jours dans le mois. Sa base fictive d’indemnisation est à 1 500 euros, pour une durée bien sûr très réduite. Désormais, elle touchera une allocation calculée à partir de 500 euros pour le mois entier, quel que soit le nombre de jours travaillés, c’est-à-dire divisée par trois.
L’autre mesure phare qui quant à elle est déjà rentrée en vigueur au 1er Juillet : c’est la dégressivité des indemnités chômage pour les plus hauts revenus. En effet, les demandeurs d’emploi percevant plus de 4500 € brut par mois dans le cadre de leur activité, verront leurs allocations baisser à partir du neuvième mois d’indemnisation du chômage de l’ordre de 30%.
Enfin, l’autre réforme qui est par ailleurs aussi rentrée en vigueur, est la taxation du bonus-malus sur les contrats courts. Nous apercevons que plus il y a l’émergence de contrats courts (qui est bien évidemment autorisé par la loi), plus cela coûte un montant plus important à l’Unedic.
Les employeurs abusant de contrats courts, devront payer un malus, ou à contrario, pourront percevoir un bonus si ils en abusent pas.
Concernant la mesure sur le durcissement des conditions d’accès de nouveaux droits (il faudra travailler six mois sur les 24 derniers, au lieu de quatre mois actuellement) n’entrera en vigueur qu’en cas de retour à meilleur fortune sur le marché du travail.
Alors, ces mesures sont-elles suffisantes pour faire reculer le chômage ?
La réponse est évidement négative.
Les mesures à propos du salaire journalier et du bonus-malus, sont satisfaisantes. En effet, il y a des anomalies concernant l’antériorité de ce calcul, et le fait de le modifier permet d’avoir une meilleure équité sur ces allocations chômage.
D’autre part, effectuer des malus à certaines entreprises qui peuvent abuser d’embaucher en contrats courts permettra de réaliser des économies. Bien que plusieurs types d’entreprises sont dans la nécessité d’embaucher des contrats courts.
En revanche, la mesure sur la dégressivité des indemnités de l’allocation des cadres n’est pas une mesure efficace.
En effet, au niveau des compte de l’Unedic, les cadres représentent l’essentiel des recettes, ainsi que des dépenses relativement marginales.
Selon une étude du syndicat « CFE CGC », les cadres représentent 42% du total des cotisations alors qu’ils ne perçoivent que 15 % des allocations.
Plus de 50% des cadres impactés auront entre 35 et 49 ans selon l’Unedic.
Cela représentera une économie de 220 millions d’euros par an « seulement » en plein régime. Notons que quand nos voisins européens ont plafonné les droits au chômage, ils ont réduit les cotisations qui allaient avec. De plus, les autres pays qui pratiquent la dégressivité des allocations chômage l’appliquent à tous les demandeurs d’emploi et non pas seulement aux cadres.
En général, dans l’idée, quand nous avons un bon client (un client qui utilise peu et qui rapporte beaucoup), l’objectif étant de le fidéliser et de le garder.
Ces cadres cotisent pour avoir une allocation digne de ce nom. En réduisant cette allocation au bout du neuvième mois pour réaliser de faible économies, ou si à l’avenir on plafonnerait ces indemnisations, cela créera une pression politique afin d’amener ces cadres vers un système privatif.
Ajouté à cela, au niveau de la recherche d’emploi, la proportion de chômeur à rechercher un emploi est de 8% en moyenne contre 4 % pour les cadres. En effet, les cadres ont un taux de remplacement net plus faible que la moyenne : 64 % contre 96% pour les autres cotisants, ce qui les poussent à rechercher rapidement un nouvel emploi.
Il y a donc des mesures intéressantes dans le but d’obtenir des économies et de rendre parfois le système plus juste.
Cependant, il reste encore du travail afin d’avoir un système optimal et d’avoir des comptes de l’Unedic plus stable à moyen terme.
En conclusion, nous remarquons que les nouvelles mesures de la réforme de l’assurance chômage sont partiellement efficaces.
Les bons points apparaissent du côté de la modification du salaire journalier de référence en salaire mensuel de référence qui permet d’avoir une meilleure équité dans l’indemnisation des droits des différents types de travailleurs.
Toutefois, la réforme de la dégressivité d’indemnisation des cadres au bout du neuvième mois, est totalement improductive.
Tout d’abord, parce qu’ils recherchent plus activement un nouvel emploi que la moyenne (leur taux de remplacement est bien inférieur aux autres)
De plus, les cadres représentent « les bons clients » de l’assurance chômage en terme de comparatif coût / recette. En règle général, nous savons qu’il faut préserver « ces bons clients ».
Nous devrions par ailleurs, rajouter à l’avenir des prestations à géométrie variable.
Quand l’activité augmente, parallèlement les prestations augmentent également et vice versa (ressemblant au futur potentiel régime à point de retraite)
L’activité régulera d’elle-même le financement de l’assurance chômage.
Enfin, le plus gros travail restant à effectuer est le chômage structurel.
Ce chômage si présent depuis des années comprenant des chômeurs parfois inemployables en terme de qualification, ou un marché du travail trop rigide.
D’après une analyse récente de l’institut Sapiens, la non détention des Soft Skills (représentant les compétences comportementales, cognitives et humaines) de certains actifs, expliquent une des raisons du taux de chômage de longue durée.
Comme disait un ancien président de la république « contre le chômage on aura tout essayé ».
Aujourd’hui , nous pouvons exprimer qu’on a tout à réformer.
